Réglementation 5 min de lecture

Décret Tertiaire : obligations et mise en conformité pour les entreprises

Équipe Grid Energies
Décret tertiaire et obligations des entreprises

Le Décret Tertiaire, officiellement appelé dispositif Éco Énergie Tertiaire, constitue l’une des obligations réglementaires les plus structurantes pour le parc immobilier tertiaire français. Il impose des objectifs ambitieux de réduction de la consommation d’énergie finale, avec des échéances échelonnées jusqu’en 2050. Toute entreprise occupant ou possédant des locaux tertiaires de plus de 1 000 m2 est potentiellement concernée.

Origines et cadre juridique

De la loi ELAN au décret d’application

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire trouve son fondement dans la loi ELAN (Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique) du 23 novembre 2018, et plus précisément dans son article 175 qui modifie l’article L. 174-1 du Code de la construction et de l’habitation.

Le décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019, dit Décret Tertiaire, précise les modalités d’application de cette obligation. Il a été complété par un arrêté du 10 avril 2020 (dit arrêté “Méthode”) et par un arrêté du 29 septembre 2021 (dit arrêté “Valeurs absolues”) qui fixent les modalités techniques de calcul et les seuils de consommation de référence.

Objectif général

L’objectif est de réduire la consommation d’énergie finale du parc tertiaire français selon un calendrier progressif et ambitieux.

Qui est concerné ?

Le critère de surface

Le Décret Tertiaire s’applique aux bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire dont la surface d’activité est supérieure ou égale à 1 000 m2.

La notion de surface cumulée

Le seuil de 1 000 m2 s’apprécie de manière cumulative au sein d’un même bâtiment ou d’un même site. Ainsi, un ensemble de locaux tertiaires occupés par plusieurs entreprises dans un même bâtiment est soumis à l’obligation dès lors que la surface tertiaire totale du bâtiment atteint 1 000 m2.

Les activités tertiaires visées

Le dispositif concerne un large spectre d’activités tertiaires :

  • Bureaux et administration
  • Commerces
  • Enseignement
  • Santé
  • Hôtellerie et restauration
  • Logistique (surfaces de bureaux et locaux annexes)
  • Culture et sport
  • Justice et sécurité
  • Transport (gares, aérogares)

Les assujettis

Deux catégories d’acteurs sont assujetties :

  • Les propriétaires des bâtiments ou parties de bâtiments tertiaires.
  • Les preneurs à bail (locataires) exploitant une activité tertiaire.

La responsabilité est partagée : propriétaires et locataires doivent collaborer pour atteindre les objectifs. Le bailleur agit sur l’enveloppe du bâtiment et les équipements communs, le locataire sur ses usages et équipements propres.

Les objectifs de réduction

Le Décret Tertiaire propose deux approches pour définir les objectifs de réduction, l’assujetti pouvant retenir la plus favorable.

L’objectif en valeur relative

Il s’agit de réduire la consommation d’énergie finale par rapport à une année de référence choisie par l’assujetti (qui ne peut être antérieure à 2010). Les paliers de réduction sont :

  • -40 % par rapport à l’année de référence d’ici 2030
  • -50 % par rapport à l’année de référence d’ici 2040
  • -60 % par rapport à l’année de référence d’ici 2050

L’objectif en valeur absolue

Il s’agit d’atteindre un seuil de consommation maximale, exprimé en kWh/m2/an, défini par catégorie d’activité et par zone climatique. Ces valeurs absolues sont fixées par arrêté et correspondent à un niveau de performance compatible avec les meilleures techniques disponibles.

L’assujetti atteint son objectif dès lors qu’il satisfait l’un des deux critères (valeur relative ou valeur absolue).

L’année de référence

Le choix de l’année de référence est stratégique. Il est recommandé de choisir une année représentative d’une consommation normale, et si possible une année où la consommation était élevée, afin de faciliter l’atteinte de l’objectif en valeur relative.

La plateforme OPERAT

Qu’est-ce qu’OPERAT ?

OPERAT (Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire) est la plateforme numérique gérée par l’ADEME sur laquelle les assujettis doivent déclarer leurs consommations d’énergie.

Les obligations déclaratives

Les assujettis doivent, sur la plateforme OPERAT :

  • Renseigner les données descriptives de leurs bâtiments (surface, activité, zone climatique).
  • Déclarer annuellement les consommations d’énergie finale par type d’énergie (électricité, gaz, chaleur réseau, etc.).
  • Indiquer l’année de référence retenue pour le calcul de l’objectif en valeur relative.
  • Documenter les actions entreprises pour réduire les consommations.

Le calendrier des déclarations

Les premières déclarations sur OPERAT ont été ouvertes en 2022. Les données de consommation doivent être renseignées annuellement, au plus tard le 30 septembre de l’année N+1 pour les consommations de l’année N.

La notation Éco Énergie Tertiaire

À partir des données déclarées, OPERAT génère une attestation annuelle assortie d’une notation (feuilles vertes). Cette notation reflète le niveau d’avancement par rapport aux objectifs.

Comment se mettre en conformité ?

Étape 1 : identifier les bâtiments assujettis

La première étape consiste à recenser l’ensemble des locaux tertiaires de plus de 1 000 m2 occupés ou détenus par l’entreprise. Cette cartographie doit prendre en compte les surfaces cumulées au sein de chaque bâtiment.

Étape 2 : collecter les données de consommation

Pour chaque bâtiment assujetti, il faut reconstituer l’historique des consommations d’énergie depuis 2010 (si possible), afin de choisir l’année de référence la plus pertinente. Les données peuvent être obtenues auprès des fournisseurs d’énergie, des gestionnaires de réseaux ou des gestionnaires d’immeubles.

Étape 3 : déclarer sur OPERAT

Créer un compte sur la plateforme OPERAT, renseigner les données descriptives des bâtiments et déclarer les consommations d’énergie.

Étape 4 : élaborer un plan d’actions

Pour atteindre les objectifs de réduction, quatre leviers principaux peuvent être actionnés :

Levier 1 : les actions sur le bâti

  • Isolation thermique (murs, toiture, plancher, menuiseries).
  • Protection solaire.
  • Étanchéité à l’air.

Levier 2 : les actions sur les équipements

  • Remplacement des systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (CVC) par des équipements performants.
  • Mise en place de systèmes de gestion technique du bâtiment (GTB/GTC).
  • Renouvellement de l’éclairage (passage aux LED, détection de présence).
  • Optimisation des équipements spécifiques à l’activité.

Levier 3 : les actions sur les usages

  • Sensibilisation des occupants aux éco-gestes.
  • Adaptation des consignes de température.
  • Optimisation des plages de fonctionnement des équipements.
  • Mise en place de bonnes pratiques de gestion énergétique.

Levier 4 : l’optimisation des contrats d’énergie

Si la réduction de la consommation en volume est l’objectif réglementaire, l’optimisation des contrats d’approvisionnement constitue un levier complémentaire pour maîtriser les coûts associés à la transition énergétique.

Étape 5 : suivre et piloter

La mise en place d’un suivi régulier des consommations permet de mesurer l’efficacité des actions entreprises et d’ajuster le plan d’actions si nécessaire.

Les modulations et les cas d’exclusion

Le décret prévoit des possibilités de modulation des objectifs dans certaines situations :

  • Contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales : lorsque les travaux nécessaires se heurtent à des contraintes insurmontables (bâtiments classés, par exemple).
  • Coûts manifestement disproportionnés : lorsque le temps de retour sur investissement des actions dépasse un seuil défini.
  • Changement d’activité ou de volume d’activité dans les locaux.

Ces modulations doivent être dûment justifiées et documentées sur la plateforme OPERAT.

Les sanctions

Le dispositif prévoit des sanctions en cas de non-respect des obligations :

  • Le name and shame : publication sur un site internet de l’État de la liste des bâtiments ne respectant pas leurs obligations.
  • Mise en demeure par le préfet avec un délai de mise en conformité.
  • Amende administrative pouvant aller jusqu’à 7 500 euros par bâtiment pour les personnes morales en cas de non-déclaration.

Il convient de noter que les modalités de sanction liées au non-respect des objectifs de réduction eux-mêmes (et non des obligations déclaratives) sont encore en cours de précision par les autorités.

L’articulation avec les contrats d’énergie

Le Décret Tertiaire met en lumière l’importance d’une gestion énergétique globale, dans laquelle la maîtrise des contrats d’approvisionnement joue un rôle complémentaire :

  • Un suivi précis des consommations, nécessaire pour les déclarations OPERAT, permet également d’optimiser les conditions contractuelles.
  • La connaissance fine du profil de consommation de chaque bâtiment facilite la négociation avec les fournisseurs.
  • Les investissements dans la performance énergétique (isolation, équipements performants) modifient le profil de consommation et peuvent justifier une renégociation des contrats.

Sources


Besoin d’un accompagnement pour optimiser vos contrats d’énergie ? Contactez Grid Energies pour une étude comparative gratuite.

Cet article vous a été utile ?

Obtenez votre comparatif personnalisé — étude gratuite, sans engagement.

Demander une étude comparative
#décret tertiaire #Eco Énergie Tertiaire #réduction consommation #obligations réglementaires #bâtiment tertiaire

Cet article vous a été utile ?

Recevez nos prochaines analyses directement dans votre boîte email.

Articles similaires

Besoin d'optimiser vos contrats d'énergie ?

Nos courtiers experts comparent toutes les offres du marché pour trouver le contrat le plus adapté à votre entreprise. Étude gratuite, sans engagement.

Demander une étude gratuite